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L’autoroute A65 Langon-Pau,
Une longue, coûteuse et indigeste couleuvre de bitume...
| NDLR : Cet article a été rédigé en avril 2005, au moment du
simulacre de concertation destinée à justifier le choix d'une autoroute
entièrement concédée entre Langon et Pau. Pour suivre l'actualité et les derniers
développements de ce dossier, cliquez sur le lien "Retour vers le
dossier de l'A65" situé au bas de cette page. |
Quelques
photos du site de Bostens (Landes) promis au massacre.
Après les beaux discours présidentiels sur la maison qui brûle, l’adoption de la Charte de l’Environnement, la ratification du Protocole de Kyoto, et puis, au niveau même de la Région Aquitaine, la mise en place d’un Agenda21, d’une Mission Effet de Serre et l’affirmation de la volonté sans faille de réorienter les transports vers le rail, on en vient enfin aux travaux pratiques : On nous propose donc une nouvelle autoroute, délicatement prénommée A65, pour pouvoir rouler un peu plus vite entre Bordeaux et Pau.
Personne n’en aura jamais douté, il s’agit d’une solution innovante, originale, peu coûteuse (1 milliard d’€uros, plus les à-côtés) et bien entendu respectueuse de l’environnement (à peine 150 km de coupure en rase campagne, 2000 ha de nature confisqués et 4 millions de tonnes de granulats utilisés) qui s’inscrira parfaitement dans la notion de « développement durable ».
Pour préparer cet heureux avènement prévu à l’horizon 2012 à l’issue de presque 20 ans de laborieuse gestation, un magnifique chantier de démocratie participative s’est ouvert en ce printemps 2005, porté sur les
fons baptismaux par tout ce que l’Aquitaine compte comme personnages importants.
La concertation, puisque c'est ainsi qu'on l’appelle, consiste à demander aux élus locaux (qui ont déjà exprimé leur préférence en faveur d’une autoroute concédée d’un bout à l’autre), et au bon peuple (qu’il faut bien informer puisqu’il va payer), s’il vaut mieux relier Langon et Pau par une autoroute payante en tracé neuf -présentée par tous comme le choix idéal- une autre autoroute en tracé neuf à demi payante (mais plus chère à l’achat) ou une troisième autoroute, panachage des deux précédentes. Comme on le voit, c’est varié et original.
Pour mieux faire passer le message, un magnifique dépliant couleur en papier épais au format A3 replié en quatre, intitulé « A65 Bordeaux Mont de Marsan Pau, Quelle autoroute ? », vantant les mérites du projet, a été tiré à 65.000 exemplaires et généreusement distribué par la Direction Régionale de l’Équipement dans toutes les boîtes aux lettres du secteur concerné par les réunions.
A noter, qu’à la suite de la présentation des choix de scénario de concession, le dépliant présente également « le projet envisagé à l’issue de la consultation des candidats » qui n’est autre que la « concession sur la totalité de l’itinéraire en tracé neuf ». En permettant ainsi de faire l’économie d’un nouveau dépliant à l’issue de la concertation, il s’agit là sans doute d’une première mesure visant à épargner les deniers publics. Le contribuable ne pourra qu’y être sensible !
Bien sûr, confortées par ce genre de maladresse, il y aura toujours des mauvaises langues pour dire que tout espoir de voir évoluer les choses à l’issue des réunions est inutile puisque la décision est déjà prise en faveur de la solution S1 (tout concédé en tracé neuf) proposée par l’équipement et voulue par les élus, et que cette concertation n’est là que pour la forme, mais le fait est que des réunions ont bien eu lieu et qu’elles ont eu le mérite de démontrer qu’il existe la plupart du temps un certain fossé, pour ne pas dire un fossé certain, entre les citoyens et les élus qui décident en leur nom…
Les arguments de vente
Les réunions commencent systématiquement par une présentation bien orientée faite par les représentants de la DRE, experts en marketing
pro autoroutier. A les écouter, c’est un avenir radieux qu’on nous prépare. Les arguments pour vendre la camelote A65 ne manquent pas : Temps de trajet raccourcis de 50 minutes entre Bordeaux et Pau, sécurité accrue, confort amélioré, meilleure desserte de tout l’Est Aquitain, et après la desserte, cerise sur le gâteau, une petite dose de « développement durable » toujours bien utile pour rendre plus digestes les couleuvres, surtout longues de 150 km…
Le tout bien sûr pourra être livré à domicile à l’horizon 2012 pour la modique somme de : un milliard d’Euros dont 500.000.000 €
(cinq cent millions) de subvention d’équilibre, cadeau fait à la société concessionnaire en cas de choix du scénario préféré S1
[1]
.
Comment en est-on arrivé là ?
C’est en octobre 1993 que le Conseil Régional d’Aquitaine a pour la première fois émis l’idée d’une « liaison routière » Bordeaux-Pau. Deux mois plus tard, en décembre 1993, il était question d’une « liaison routière rapide », en janvier de l’année suivante on parlait déjà de réaliser « 25 km d’antennes autoroutières aux deux extrémités de l’axe », puis en avril 1994 d’un axe « aux caractéristiques autoroutières ». Nous y voilà.
En 1995, une première concertation a eu lieu. A cette occasion, par un courrier au préfet en date du 10 mars 1995, la SEPANSO a émis un avis détaillé sur les différents scénarii et clairement exprimé son choix en faveur d’une amélioration de l’itinéraire existant et son refus d’une autoroute en tracé neuf.
En 2001, les élus (mais plus les associations qui décidément émettaient des avis trop bien argumentés) étaient à nouveaux consultés sur le choix des deux bandes de 300 mètres correspondant l’un à une autoroute en site propre, l’autre en une amélioration de l’itinéraire existant AIE. Le choix entre une autoroute nouvelle coupant à travers la campagne et une mise à deux fois deux voies de la route actuelle semblait encore permis, du moins dans la partie du trajet situé entre Langon et Aire sur Adour puisque au sud de cette étape le choix en faveur d’une autoroute semblait définitif… Une autoroute à travers la campagne, sinon rien.
La consultation de 2001 portait à la fois sur le fuseau de passage de l’autoroute en site propre mais également sur la localisation précise du fuseau pour l’amélioration de l’existant (comme si l’existant était susceptible d’être ailleurs que là où il est).
Dans la plupart des secteurs, un aménagement sur place (ASP) était proposé mais également une alternative dite « au plus près »
(APP) (comprendre par là « ailleurs » ou bien souvent « assez loin » ).
Bien entendu c’est systématiquement cette alternative, pourtant plus coûteuse car n’utilisant pas la chaussée existante et sacrifiant des espaces naturels, qui a été choisie par les élus car à la fois elle éloignait le trafic des habitations implantées au bord de la route actuelle (le
nimbysme
[2]
n’est pas forcément là où on le croit…) et elle leur permettait surtout de se débarrasser une fois pour toutes et à bon compte, de l’option réutilisant la chaussée actuelle. Ne laissant pas d’autre choix que deux autoroutes, il serait plus facile d’imposer l’autoroute concédée… |