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Monsieur Alain GEHIN,
Préfet de la Région Aquitaine,
Esplanade Charles De Gaulle
33077 – BORDEAUX Cedex
Bordeaux, le 12 Avril 2005
Objet : Autoroute A65
Bordeaux-Pau
Monsieur le Préfet,
Au
moment où s’achèvent les réunions dites de concertation avec le public
sur le projet de liaison rapide Bordeaux-Pau, nous tenons à préciser un
certain nombre de points qui motivent les réticences de notre fédération
associative devant la solution présentée.
En
effet, et tout d’abord, nous regrettons que depuis 1995 où il nous avait
été possible de présenter notre analyse de ce problème, et alors même
que tant de données ont changé en une décennie, aussi bien dans le
domaine de l’aménagement du territoire que dans celui des transports ou
encore de l’environnement (Kyoto), il n’y ait eu comme réexamen de ce
dossier que l’échange de 2001 avec les élus locaux, qui se limitait à
préciser des tracés de fuseaux.
Aujourd’hui, force est de constater que les réunions organisées sous
votre autorité se réduisent concrètement à faire admettre au public,
malgré quelques précautions écrites, un choix réduit à 3 options
autoroutières en partie ou totalement concédées. Ce choix, en 2005, nous
apparaît tout à fait inacceptable.
Tout d’abord, ce projet est illogique. Le dépliant distribué par la DRE
admet en effet que le trafic prévisible sur cette future A65 sera
« relativement modeste ». Pour qui connaît les extrapolations et les
superlatifs volontiers utilisés par les services de l’Equipement, cet
aveu est de poids. On peut se demander dans ces conditions pourquoi un
véritable aménagement de l’existant réutilisant la chaussée
actuelle n’a pas été jugé préférable.
Au
moment où, justement, les finances publiques, tant de l’Etat que des
collectivités, se trouvent malmenées, il nous semble qu’il y a mieux à
faire que de lancer un nouveau chantier pharaonique sur un projet d’ores
et déjà admis comme déficitaire. Car au delà des travaux de
construction, il est clairement précisé sur le dépliant de la DRE que
les collectivités s’engagent à payer une subvention d’équilibre
« …dès lors que le trafic prévu ne suffira pas à équilibrer le coût
initial…et les frais de gestion et d’exploitation. C’est le cas pour
l’A65 ».
Une telle solution est donc en totale contradiction avec l’engagement de
la Région Aquitaine à favoriser un transfert modal vers le rail. Les
besoins de financement pour accélérer et réaliser ce transfert
souffriront à l’évidence et de façon permanente de l’imputation aux
budgets de la Région et des Départements des coûts d’exploitation
déficitaires de l’A65.
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De plus, une autoroute favorise la vitesse
et le transport routier, qui sont deux importants facteurs d’émission de
gaz à effet de serre. Un tel choix est contraire aux engagements de la
France, qui a ratifié le Protocole de Kyoto sur le Changement
Climatique.
Cette contradiction est soulignée par l’examen des
recommandations récentes (Avril 2005) de l’Agence Internationale
de l’Energie (AIE) – dirigée, soit dit en passant, par l’ancien
Directeur de l’Energie et des Matières Premières au Ministère de
l’Industrie français, Monsieur Mandil. Cet expert souhaite que l’on
arrive à limiter la vitesse sur autoroutes à 90 kmh dans le
but d’économiser le pétrole, matière première qui va se raréfiant très
vite.
Ce projet est aussi indirectement
dangereux. Comme toutes les voies à péage, l’A65 ne sera qu’incitative.
Le gros du trafic, local ou Poids-Lourds, restera sur le tracé existant
qui, par défaut de financement, deviendra moins sûr parce que moins
entretenu. La leçon, déjà perceptible pourtant dans d’autres régions
françaises, n’est nullement retenue.
Enfin, le projet proposé ne tient aucun compte du facteur « prix de
l’énergie », qui va probablement obliger nos pays, dans les années qui
viennent, à une révision déchirante de leurs politiques de transports.
Ce n’est pas la SEPANSO, mais les experts de Goldmann Sachs, premiers
courtiers mondiaux de l’énergie, qui annoncent à moyen terme un prix du
baril montant jusqu’à 105 $. Qui eut osé dire d’ailleurs, il y a dix
ans, alors qu’en 1995 les premiers APS de Bordeaux Pau ont été soumis à
consultation, qu’en 2005 le baril frôlerait les 60 $ ?!
Ainsi, tant en raison des contraintes issues de nos engagements en
matière d’effet de serre, que de l’évolution prévisible du marché de
l’énergie, et dès lors qu’il s’agit d’un projet d’entrée de jeu
déficitaire, ce choix autoroutier est un anachronisme.
De
plus, il semble que l’expérience de l’aménagement du territoire mené en
France – expérience pourtant vaste et que tous les géographes
connaissent et décrivent depuis des décennies - ne modifie
malheureusement toujours pas les mauvais clichés qui continuent à
peupler le discours des services de l’Equipement : les autoroutes ne
« désenclavent » que les territoires (réduits) desservis par des
échangeurs. Or les échangeurs coûtent cher, et sont donc peu nombreux.
Par conséquent, la plus grosse part du territoire traversé ne sera
nullement « désenclavée » mais sera au contraire victime d’un effet de
coupure. Celui-ci affectera non seulement la faune sauvage, mais aussi
les populations humaines, de façon parfois dramatique, en désorganisant
sur 150 km la majorité des économies locales, et en bouleversant les
modes de vie.
De
plus, alors qu’il est proclamé que ce projet sera mené de façon très
respectueuse de l’environnement, sont aussi « oubliés » certains coûts
environnementaux pourtant considérables. Cette autoroute, ce seraient
2000 hectares de territoire soustraits aux usages publics, et quelques
quatre millions de tonnes de granulats qu’il restera à trouver. Nulle
part dans les présentations du projet, ni en 1995, ni en 2001, ni
aujourd’hui, cette dernière question n’est traitée, alors qu’elle fait
peser une menace renouvelée et bien des interrogations dans une Région
qui a bien du mal à répondre à ce besoin particulier, et qui sera
vraisemblablement soumise à une énorme pression supplémentaire avec les
constructions prévisibles des LGV vers l’Espagne et vers Toulouse.
Que dire enfin de la justification souvent entendue de cette liaison par
le risque de voir Pau et les Pyrénées Occidentales « irrésistiblement
attirées par Toulouse », sinon qu’elle est
tout à la fois dérisoire et consternante. A l’heure de l’Europe, faire
de la proximité de Pau et de Toulouse un handicap pour ses liens avec
Bordeaux relève d’une vision étriquée et quasiment absurde de
l’aménagement du territoire. Les échanges de Pau avec Toulouse, et de
façon plus large, les échanges d’un bout à l’autre du piémont pyrénéen
n’entrent nullement en concurrence avec des échanges nord-sud, mais
traduisent une dynamique complémentaire qui ne peut être que positive
pour l’Aquitaine. Rapprocher Bordeaux de Pau dans l’espoir d’en éloigner
Toulouse relève d’une arithmétique dérisoire et dépassée.
Au
final, et pour ces raisons multiples et profondément préoccupantes, nous
déplorons – comme nous l’avions fait en 1995 – que l’on cherche
apparemment, loin d’une véritable « concertation » - laquelle signifie
un échange d’idées qui doivent déboucher sur une position commune, donc
sur un compromis intelligent – à imposer aux Aquitains un choix auquel
ils sont réticents : les médias ont amplement souligné ces réticences
dans leurs compte-rendus sur les réunions publiques. Un choix qui n’en
est pas un, puisqu’il se ramène à une formule simple « une
autoroute, sinon rien ».
Nous déplorons donc que la solution économiquement plus modeste, moins
destructrice en termes d’environnement et de bouleversements des modes
de vie, plus respectueuse d’une desserte égale et harmonieuse de
l’espace, qu’aurait constitué un véritable aménagement sur place
de l’existant (ou exceptionnellement au plus près en cas de contrainte
majeure), ait été écarté sans autre forme de procès,
transformant ainsi la « concertation » en cours en une véritable
caricature.
Nous espérons donc simplement que toutes les contraintes évoquées
ci-dessus, et dont la réalité semble échapper, une fois encore, aux
responsables administratifs et politiques de ce pays, seront assez
fortes pour tuer dans l’œuf un tel projet qui est en totale
contradiction avec la notion de développement durable dont il est
pourtant habillé tout au long de sa présentation.
Dans cet espoir, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Préfet,
l’expression de notre haute considération.
Pierre Davant
Président de la Fédération SEPANSO
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