Échec climatique
(par Daniel DELESTRE, Membre
du RAC, Vice
Président de la SEPANSO Gironde)
La croissance des émissions mondiales de CO2, et
l’accélération du réchauffement global, démontrent que les décisions prises
à ce jour, n’ont pas permis de réduire le risque climatique, en dépit des
alertes des experts climatiques[1]
Le dernier livre de J. Diamond,
Effondrement[2],
permet d’expliquer cet échec collectif.
Le chapitre 14 de ce livre « Pourquoi certaines
sociétés prennent-elles des décisions catastrophiques ? », propose des
raisons, sans doute mêlées, qui contribuent au comportement erroné
des individus et des groupes humains, face à la catastrophe climatique
annoncée.
1°) Nouveauté du risque
« Les groupes peuvent causer des catastrophes parce
qu’ils ne parviennent pas à anticiper un problème avant qu‘il ne survienne,
et ce pour plusieurs raisons. L’une est qu’ils peuvent ne pas avoir
d’expérience antérieure de problèmes similaires et ne sont donc pas
sensibilisés à la possibilité qu’ils adviennent. »
Le réchauffement climatique constitue une menace
nouvelle dans l’histoire récente de l’humanité, et à défaut d’expérience
antérieure, les mesures d’atténuation et d’adaptation mises en place,
peuvent à tout moment se révéler totalement insuffisantes ou inappropriées.
2°) Difficulté à percevoir le risque
« La circonstance la plus répandue d’un échec de
perception est celle d’une tendance lourde marquée par des fluctuations.
Le réchauffement global en est l’exemple de choix à
l’époque contemporaine…
Les hommes politiques parlent de « normalité
rampante » pour désigner ce type de tendances lentes, oeuvrant sous des
fluctuations bruyantes. »
Le réchauffement global est difficile à percevoir
individuellement, car l’augmentation des températures se déroule d’une
manière erratique et très progressive, sauf pour quelques régions plus
affectées mais faiblement peuplées, comme la région arctique.
Le fait que le dioxyde de carbone, principal gaz à
effet de serre, soit inodore et incolore, rend difficile la perception des
rejets dans l’atmosphère.
La difficulté à percevoir directement le risque
climatique, constitue peut-être la première raison pour laquelle une
majorité de gens de par le monde, doute encore de la réalité de la menace
climatique et de leur responsabilité individuelle.
3°) Priorité donnée à la rationalité interne
«Le troisième chapitre de mon guide des échecs est
le plus nourri, car traitant d’une situation la plus courante : souvent les
sociétés échouent même à résoudre un problème qu’elles ont perçu.
Beaucoup de raisons tiennent à ce que les
économistes et d’autres spécialistes de sciences sociales appellent le
« comportement rationnel », fruit de conflits d’intérêts. »
L’idéologie de la croissance économique et de la
confiance dans les Marchés pour réguler les impacts environnementaux de
cette croissance, constituent des rationalités internes souvent
privilégiées, au détriment d’une rationalité externe, garante de la
sauvegarde de l’intérêt général.
Dans la longue chaîne des « décideurs » (élus,
entrepreneurs, fonctionnaires…) combien sont ceux qui prennent des décisions
contraires à la sauvegarde du climat, bien qu’informés des risques, au nom
d’une rationalité interne?
« Il y a aussi, la plus importante des forces qui
affectent la sottise politique, c’est la soif du pouvoir.
La compétition pour le prestige fait rarement bon
ménage avec la vision à long terme. »
4°) Déni de la menace climatique
« La dernière raison spéculative que je
mentionnerai pour expliquer l’échec irrationnel dans les tentatives menées
pour résoudre un problème que l’on perçoit est le déni d’origine
psychologique.
Si une chose perçue suscite en vous une émotion
douloureuse, elle sera inconsciemment supprimée ou niée, afin d’éviter cette
douleur, angoisse ou peur, quitte à ce que le déni conduise à des décisions
désastreuses. »
Sans doute, la menace climatique suscite-t-elle un déni
chez de nombreux individus, ou système humain, déni renforcé par les médias,
qui sont le plus souvent au service d’une rationalité interne.
Il est à craindre que l’augmentation de la fréquence
des évènements climatiques extrêmes (ouragans, canicules…), soit seule à
même de renforcer la perception individuelle de la menace climatique…
D. DELESTRE juin 2006
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