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Le
Grand Contournement de Bordeaux
Article publié dans Sud-Ouest-Nature,
revue trimestrielle de la SEPANSO, n°122 html (juillet 2003)
Remarques générales
Le projet
de Grand Contournement de Bordeaux (GCB) ne date pas des années 2000. Il a fait
l'objet dans les décennies passées de plusieurs versions, qui ont toutes en
commun la perspective d'un franchissement de l'estuaire girondin en aval de
Bordeaux.
Une de ses variantes les plus connues a été celle dite
de “la route des estuaires” qui dans l'esprit de ses promoteurs, et à
partir d'un franchissement très en aval entre Royan et Soulac - un peu à
l'image du franchissement américain de la baie de la Chesapeake - aurait ouvert
la presqu'île du Médoc aux flux touristiques en provenance de la Charente
Maritime.
La montée en puissance du trafic routier entre Europe du
Nord et péninsule ibérique, en raison de l'essor du commerce et de la pratique
des dessertes à flux tendus, a sensiblement modifié les données. Le flux
Nord-Sud considérable de Poids Lourds se heurte aujourd'hui au goulot d'étranglement
que constitue le passage obligé par Bordeaux. Le doublement du Pont d'Aquitaine
par le Pont d'Arcins (Pont Mitterrand), et le renforcement des rocades Ouest et
Est de l'agglomération, ont vite été victimes de la rapide croissance des
trafics. Le Pont Mitterrand par exemple, dont il avait été dit à sa
construction qu'il répondrait à la demande “pour vingt ans”, frôle
parfois la saturation. Et la congestion des rocades bordelaises à certaines
heures est une réalité quotidienne.
La réponse
exprimée par le projet de Grand Contournement de Bordeaux (GCB) est celle,
classique, de l'extrapolation des tendances de croissance. Elle suppose
le développement à l'Ouest ou à l'Est de l'agglomération d'une
“super-rocade” censée permettre au trafic de transit de contourner le
goulot d'étranglement de Bordeaux en le séparant du trafic local. Cette volonté
de soulager au plus vite la congestion de l'agglomération explique en grande
partie l'accueil favorable fait au projet par les élus locaux de tous bords,
qui trouvent dans cette solution - et en particulier dans sa variante Ouest -
une réponse aux préoccupations immédiates et de leurs électeurs, et de leurs
interlocuteurs économiques.
Cette
proposition, bien conforme à la logique suivie jusqu'à nos jours par les
services de l'Équipement, ne nous paraît cependant plus acceptable.
En effet :
Elle
s'inscrit à contre-courant de toutes les observations récentes faites par les
responsables politiques, français et européens, sur les impasses de la
politique des transports et sur ses impacts tant sociaux qu'économiques et
environnementaux.
Elle a fait
la preuve, non seulement de son inefficacité, mais du caractère nocif des
solutions prétendument apportées. Tout le monde voit bien aujourd'hui que
l'offre en matière de transport crée la demande plus que l'inverse, et que la
multiplication de ces systèmes fonctionne comme un véritable “aspirateur à
Poids Lourds” au lieu de résoudre les problèmes.
Elle fait
l'impasse totale sur des alternatives possibles, du fait de son origine
exclusivement technique (recours à la seule extrapolation des tendances), en ne
procédant d'aucune réflexion sur la politique générale des transports.
Elle fait
naître enfin des préoccupations considérables en matière écologique et
environnementale.
Faut-il
rajouter que cette question a certes suscité de multiples projets et études,
financés pour l'essentiel par le contribuable girondin ou bordelais durant la décennie
90, et rappelés par le dossier de présentation de la Commission Nationale du Débat
Public (CNDP).
Mais si à
ces occasions furent consultées toutes les autorités “officielles”, c'est-à-dire
politiques et économiques (Conseil Général, Conseil Régional, Chambres
consulaires et organismes professionnels...), on ne peut que constater l'absence
totale de consultation des citoyens-habitants et du monde
associatif. Il est par conséquent surprenant que les autorités s'étonnent
“qu'aucune déclaration émanant du secteur associatif n'ait été recensée
à ce jour”, car seul le contraire serait étonnant ! Ce n'est pourtant
pas faute que les associations, à travers leur action quotidienne et locale, et
celle de leurs grandes fédérations nationales, comme la FNAUT ou
France Nature Environnement, développent une critique approfondie
et constructive de la politique des transports, réclamant inlassablement que
l'on change de méthodes à la lumière des échecs actuels.
de la présente note de positionnement se félicitent
donc de l'initiative de Monsieur le Ministre de l'Equipement et des Transports
saisissant la Commission Nationale du Débat Public sur l'opportunité d'un Débat
sur le GCB, et de la décision de celle-ci d'organiser un tel Débat, considérant
que l'occasion leur est ainsi offerte d'exprimer remarques et propositions sur
ce sujet.
Dans un
premier temps cependant, elles considèrent - reprenant ainsi à leur compte
l'ordre des questions soulevées par le courrier du Ministre de l'Equipement et
des Transports à la CNDP - que la priorité du Débat doit être accordée au
problème de l'opportunité de ce projet.
En effet,
tous les indicateurs actuels soulignent que la croissance indéfinie du
Transport, et tout particulièrement ici, du transport routier, est dommageable
et même, à terme, impossible. Dommageable, par les nuisances graves
qu'elle implique : bruit, pollutions, risques, et surtout, consommation d'énergie
avec son corollaire : l'aggravation de l'effet de serre et son impact sur le
Changement Climatique. La consommation énergétique est en elle-même enfin un
facteur négatif de l'économie, puisqu'il s'agit ici pour l'essentiel
d'hydrocarbures importés. Impossible, puisque les limites de ces
ressources fossiles sont désormais visibles, et se chiffrent en décennies,
c'est-à-dire d'un ordre de grandeur du temps qui est celui de la construction
des grandes infrastructures de communication, quelles que soient les solutions
choisies.
Tous ces
facteurs soulignent donc selon nous que la résignation devant la croissance du
transport routier n'est plus acceptable, car elle est en contradiction profonde
avec l'engagement fort, souligné tant par le Président de la République lui-même
à Johannesburg, que par le gouvernement dans le Plan Climat 2003 auquel il met
actuellement la dernière main, de faire prévaloir en France un Développement
Durable, en raison des risques croissants d'impacts écologiques négatifs
lourds.
Le
changement climatique en est un. Les scientifiques ont montré que la
croissance impressionnante des trafics routiers, par les émissions de Gaz à
Effet de Serre (GES) qu'ils génèrent, participe activement à un changement
climatique dont la réalité est aujourd'hui reconnue. Les autorités de l'Union
Européenne, de même que le Président de la République lui-même, ont insisté
pour que soient prises en compte ces menaces environnementales. Il est
inapproprié de tenir comme acceptable aujourd'hui la continuation de telles
tendances des flux de transports, et donc impératif de chercher des solutions
pour maîtriser la croissance actuelle du trafic routier, au lieu de
l'accompagner passivement.
Des hypothèses de travail en forme de renoncement à
l'action politique
Les
services de l'Equipement, comme dans bien d'autres domaines, ont l'habitude de
travailler les prévisionnels en extrapolant les tendances de l'existant. C'est
sur ce type de bases qu'ont été construits, en 1996, tous les Schémas de
Service Collectifs mis en discussion - dont celui des Transports, et la révision
du Schéma National des Routes, dont s'inspire le projet du GCB. Alors que la
note d'accompagnement du dossier de la CNDP évoque l'absence de déclaration
des associations sur le GCB, nous nous permettons donc de rappeler que lors des
consultations sur les Schémas de services collectifs auxquelles nous avons
participé à l'époque, les associations - y compris au niveau national la Fédération
France Nature Environnement et la FNAUT - ont critiqué de façon vigoureuse
cette pratique, qui revient à renoncer d'entrée de jeu à toute recherche
de maîtrise des flux.
On ne peut
cependant guère reprocher ce type de méthode aux services de l'Etat, tant l'absence
d'une telle volonté politique a été, jusqu'à présent, la règle en
la matière.
Mais ne
faut-il pas rappeler que c'est tout de même avec ces mêmes méthodes
d'extrapolation qu'EDF a construit en 20 ans dix centrales nucléaires de
trop, qui fonctionnent aujourd'hui pour la seule exportation...
Une absence totale d'examen de solutions alternatives
La seule
solution alternative mentionnée dans le dossier est “le GCB... soit Ouest,
soit Est” !
Comme prévisible,
ainsi qu'exprimé au paragraphe précédent, l'idée “d'assécher”
le plus fortement possible le flux de Poids Lourds circulant entre l'Europe du
Nord et la péninsule ibérique (supposé ici être résolu par le GCB) n'a pas
été considérée comme une hypothèse de travail par les responsables de la
politique des transports.
Ce constat
ne manque pas de sel, quand on sait que les mêmes responsables se lamentent de
ce que SNCF et RFF tardent à concrétiser la réalisation du TGV Sud Atlantique
et la liquidation du “bouchon ferroviaire” de Bordeaux (convergence/rétrécissement
des voies au Nord de l'agglomération + problème du franchissement de la
Garonne) et rechignent devant l'effort financier global qui est demandé sur ce
dossier, alors même que les solutions de ces deux problèmes sont à l'évidence
liées. En effet :
La
liquidation accélérée du goulot d'étranglement ferroviaire de Bordeaux (aménagement
des accès Nord + doublement de la passerelle Eiffel) et l'achèvement de la LGV
Tours-Bordeaux, en libérant les voies anciennes pour le fret ferroviaire,
soulageront pourtant le trafic routier, si elles sont accompagnées de mesures
incitatives au ferroutage et de mesures dissuasives pour les Poids Lourds.
Mesures bien connues, que commencent à appliquer nos voisins (péages PL...) et
que vient de réaffirmer la récente étude prospective de la DATAR,
remise le 24 avril au Premier Ministre par Messieurs Delevoye, Ministre chargé
de l'Aménagement du Territoire, et Jacquet, Délégué DATAR.
De même,
on semble tout ignorer à Bordeaux du rapport de Henri de Richemont sur le développement
du cabotage comme alternative au “tout routier” - dont le Port
Autonome de Bordeaux (PAB) ne peut pas ne pas avoir entendu parler, puisqu'il y
est partie prenante... Le dit rapport, remis au Premier Ministre le 27 mars
2003, ouvre pourtant la voie à une alternative très attendue - et qui pourrait
être mise en œuvre rapidement ! - à l'engorgement de la façade autoroutière
atlantique.
Il apparaît
aux associations qu'il est indispensable que de telles alternatives soient
prises en considération, en particulier parce que tant les délais nécessaires
à la mise en œuvre de ces alternatives que leurs coûts respectifs
apparaissent du même ordre de grandeur que ceux du projet actuel. Il n'échappe
à personne que de tels choix relèvent de l'arbitrage politique, ce qui n'enlève
rien à l'ardente obligation de les prendre en considération, bien au
contraire.
La
situation créée dans l'Ouest et dans la région de Bordeaux ne fait d'ailleurs
que souligner l'urgence d'un traitement politique plus global de ces problèmes.
Il est bien connu aujourd'hui que les écarts de conditions fiscales,
commerciales et sociales de l'Union Européenne (et au delà) ont favorisé
l'exploitation des différentiels régionaux en tous domaines, de l'agriculture
aux services, lesquels nourrissent à leur tour cette croissance démesurée des
trafics. Il devient donc d'autant plus nécessaire de programmer la suppression
des détaxes fiscales de l'énergie, d'obliger les transports à
l'internalisation des coûts environnementaux, et de peser sur les distorsions
sociales, pour mettre fin à des processus qui stimulent jusqu'à l'absurde la
multiplication des transports et la pratique des flux tendus.
Des choix d'investissements très discutables
A ce
constat de carence, il faut ajouter l'absence totale de chiffrement de l'opération.
Absence
paradoxale : au moment où toutes les grandes infrastructures nationales sont
passées au peigne fin par l'audit du Ministère des Transports, et où les déficits
budgétaires qui explosent provoquent la critique de la France par les autorités
européennes, tout se présente comme si cette question était sans importance !
Or il faut
bien faire le compte de ce que représenterait pour l'Aquitaine la réalisation
d'un pareil projet. Un calcul approché montre cependant l'ampleur du budget prévisible
:
Pour la
variante (qui a la faveur des élus) du GCB Ouest, en suivant la variante proposée
par la DRE par Ambés, on peut estimer à 120 km le kilométrage d'autoroute
représenté par le contournement. Plus les échangeurs et les raccordements aux
autoroutes A63 et A62. Plus le pont suspendu sur Garonne (indispensable pour ne
pas gêner le trafic du Port de Bordeaux), et celui de la Dordogne.
Soit
approximativement 800 M.Euros (en considérant le coût du km d'autoroute en
campagne ouverte) + 300 M.Euros (en prenant pour référence les coûts Pont de
Normandie/Pt de St Nazaire) + 120 M.Euros (en prenant pour référence le coût
du Pont de St André de Cubzac), soit au total un peu plus de 1,2 Milliard d'Euros.
Encore ces chiffres sont-ils vraisemblablement très optimistes, puisque déjà
relativement anciens. Sans compter les dérives possibles, qui ne sont pas
soulignées par les associations seules, mais aussi par le récent rapport
d'audit du Ministère des Transports sur les infrastructures de transports
, qui note à propos du Contournement de Bordeaux :
“Cela
(sa réalisation) suppose (…) que des emprises puissent être assez rapidement
définies, et que le coût prévisionnel soit maintenu dans des limites telles
que, compte tenu du trafic prévisible, la contribution publique puisse rester
à un niveau acceptable (…). Cela suppose toutefois une vigilance particulière
sur les coûts à Bordeaux où pourraient s'avérer nécessaires des ouvrages de
franchissement de la Gironde et de la Dordogne très exceptionnels (…).”
Faut-il
rajouter que le “trafic prévisible” dont il est question dans l'audit reste
largement hypothétique. En effet, soit ce Contournement est concédé, et donc
payant, et la tentation sera grande pour les Poids Lourds de continuer à
utiliser la rocade actuelle gratuite, en profitant d'un allégement du trafic de
cette dernière ; soit il n'est pas concédé (ce qui est difficile à concevoir
dans l'ambiance actuelle) mais qui en assurerait le financement ? Quant à
affirmer que dans le premier cas, les trafics de transit seraient obligatoirement
orientés vers le GCB, des exemples sur d'autres trajets soulignent la difficulté
à faire respecter concrètement ce type de mesures...
Devant
l'ampleur de ces coûts, et si l'on se reporte à ce que nous disions plus haut
relatif à l'achèvement du TGV Sud Atlantique et à la mise en œuvre, urgente,
du ferroutage, on constate qu'en terme d'investissement, il serait infiniment
plus intéressant à terme pour les finances tant nationales
qu'aquitaines de “miser” ces sommes sur le rail et le cabotage plutôt que
sur une infrastructure qui ne ferait que jouer le rôle qu'on connaît depuis
longtemps à ce genre d'équipement : celui d'aspirateur à camions, “l'offre
créant la demande”, comme l'ont déjà souligné quelques élus
aquitains. Avec, à terme, la nécessité de financer à nouveau de futurs
super-contournements, avec de nouveaux appels au contribuable...
La perte de la maîtrise de l'urbanisation
Le projet
présenté en 2002 l'était comme dépourvu d'échangeurs sauf pour la presqu'île
d'Ambés, la route du Verdon, et l'aéroport de Bx Mérignac.
Qui peut
croire que les élus locaux n'exigeront pas des échangeurs pour leur commune,
pour des motifs économiques d'abord (“nous payons, donc nous avons des
droits”), sous la pression des électeurs ensuite ? C'est totalement illusoire
!
Même si
l'on s'en tenait à ces trois échangeurs, il est à craindre que les procédures
existantes ne permettent pas la maîtrise de l'urbanisation et des zones
d'activités le long des axes de sortie. On sait le résultat : n'est-ce pas le
Directeur Départemental de l'Equipement lui-même qui, à l'occasion des journées
du Développement Durable devant les assemblées régionales, avait parlé de
l'urbanisme autour de Bordeaux comme “d'un véritable dégueulis urbain”
! C'est d'ailleurs en raison de ce danger, entre autres, que le SDAU renouvelé
n'a pris en compte le projet de GCB que sous forme de pointillés...
Ainsi,
l'expansion - déjà considérable - de l'agglomération bordelaise vers l'Ouest
reprendrait de plus belle, créant à terme une véritable urbanisation
linéaire Bordeaux-Bassin d'Arcachon. Il y a fort à parier également
sur une forte urbanisation de la côte atlantique médocaine alors accessible
plus facilement.
Selon les
associations, les responsables politiques aquitains - et plus précisément
girondins - en favorisant ainsi une densification urbaine sur ces parties du
littoral, scieront la branche sur laquelle repose l'actuelle prospérité
de cette Région : le tourisme de qualité. Et ceci, à l'encontre du vœu
de leurs concitoyens dont 70 %, dans un sondage récent, considéraient
“l'environnement” aquitain comme un capital à préserver prioritairement.
Enfin, une
telle urbanisation, et la multiplication des zones d'activités industrielles ou
de service qui l'accompagneraient, créeraient de nouveaux problèmes de
transports pour l'agglomération, alors même que de gros efforts sont entrepris
- à grand prix - pour réduire ceux, considérables, qui existent aujourd'hui.
L'absence d'évaluation environnementale
On peut
noter enfin que le problème des impacts environnementaux est évacué par une
simple remarque (et encore, dans une note annexe !) notant que "la
DIREN est très sensible aux risques induits autour de l'estuaire".
C'est le moins que l'on puisse en attendre !
Les
associations considèrent que ce volet du projet n'a pas à être pris en considération
prioritaire, à ce stade de la réflexion qui devrait porter essentiellement sur
l'opportunité du projet en termes de politique des transports.
Elles
expriment néanmoins leur préoccupation au niveau environnemental, pour les
raisons principales suivantes :
Les impacts sur les milieux naturels affectés à l'itinéraire
En termes
de milieux naturels, de fortes différences marquent les projets Est ou Ouest.
L'est (Entre-Deux-Mers) étant un secteur à grande variabilité de terrain et
à haute valeur écologique et patrimoniale - est-il besoin de rappeler
ici que pour les mêmes raisons, la SNCF a dû renoncer à son projet de TGV
dans le même secteur ? A l'Ouest (tracé qui a d'ailleurs la préférence
affichée de la majorité des élus), la valeur patrimoniale des territoires est
plus inégale, mais leur valeur écologique reste très élevée. Que
l'on pense aux zones humides et inondables des abords de la Dordogne et
de la Garonne. Au moment où l'on commence à mieux mesurer l'importance de
sauvegarder ces zones pour une meilleure gestion des fleuves (zones d'expansion
des crues, etc.), l'inscription de nouveaux ouvrages lourds ne manquerait pas de
poser de graves problèmes environnementaux. Enfin, on doit rappeler les effets
de coupure des territoires (chasse, faune, gestion agricole, etc.) propres
à de telles infrastructures lourdes, en terme d'environnement.
Les impacts en terme de protection des espèces
Il faut
bien rappeler qu'une grande partie des espaces concernés se trouve être le
biotope du Vison d'Europe, espèce protégée. Une telle situation
pourrait alors conduire l'Union Européenne, fort attentive à ces données, à
refuser de participer financièrement à une telle opération.
Granulats
Dernier
point sensible, mais non le moindre : le Schéma Départemental des Carrières
n'a nulle part prévu l'éventualité d'un tel projet. Or la Gironde est déficitaire
en granulats. Où, dans ces conditions - et en dehors de l'hypothèse
d'apports externes (dont le coût ne pourrait alors que grever lourdement le
prix de ces infrastructures) - prendrait-on les granulats indispensables pour un
chantier aussi gigantesque, sinon dans les zones humides déjà profondément
affectées par ces activités, voire dans l'estuaire de la Gironde, où l'éventualité
de leurs prélèvements fait actuellement l'objet de débats passionnés ? Il y
a là une impasse majeure, dont l'importance ne saurait être sous-évaluée.
Conclusion
Pour toutes
ces raisons, dont le bien fondé n'est plus nié aujourd'hui que par des
responsables politiques dépourvus de recul ou raisonnant avec des références
dépassées, les associations environnementalistes aquitaines sont opposées à
la réalisation de ce projet d'un autre âge, pharaonique, anti-écologique, et
économiquement mal fondé.
Pierre
DELACROIX, Agrégé de Géographie
Président d'Honneur de la SEPANSO
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