SEPANSO Société pour l'Étude, la Protection et l'Aménagement de la Nature dans le Sud-Ouest (association loi 1901)
Vérités et contrevérités sur le projet ferroviaire Bordeaux - Espagne.Beaucoup d’affirmations erronées ont été proférées dans le courant du débat. Il nous semble important de revenir dessus. On nous a dit : "La LGV ne pouvait se concevoir qu’à l’est (scénario 3), parce qu'on ne sait pas élargir la tranchée qui passe par Talence et Pessac, en pleine zone urbaine." C’est un sophisme, car la coexistence entre LGV et trains classiques
ne pose des problème de sillons que là où les TGV roulent beaucoup
plus vite que les autres trains, pas en ville ni à l’approche des
gares. Même en prenant les hypothèses de trafic les plus fortes, il
aurait suffi d’ajouter une seule voie supplémentaire, ce qui restait
possible sans élargir la tranchée et éventrer la ville. On nous a dit : "Le passage par l’est préservera les habitants de Pessac et de la sortie ouest de l’agglomération." Encore une contrevérité car d’après les prévisions figurant sur le
dossier du maître d’ouvrage, le nombre de trains sur Pessac devrait
passer de 170, aujourd’hui, à 345 en 2020. Même en admettant que le
trafic national et international de voyageurs (30 trains/jour prévus en 2020) soit
entièrement dévié vers une LGV sortant par Bègles et Villenave d'Ornon, il passerait
encore 315 trains/jour
en 2020 à Pessac, au lieu de 170 aujourd’hui... On nous a dit : "La construction d’une LGV en site propre est indispensable pour permettre le report modal. FAUX ! Le fret n’est ici qu’un alibi pour justifier la construction d’une LGV (sinon on ne projetterait pas en même temps des autoroutes destinées à être opérationnelles avant). Non seulement le dossier de RFF indique clairement que les capacités fret des trois scénarios proposés sont strictement identiques, mais encore la contre-expertise indépendante réalisée en cours de débat, conclut que par un simple aménagement de l’existant, les voies actuelles pourraient supporter tout le trafic (uniquement ferroviaire, hélas) prévu jusqu’en 2020 au minimum. On nous a dit : "Le projet ferroviaire est un remède efficace à la congestion des routes. Il permettra de réduire le mur de camions de la RN 10." FAUX ! Un report de la route au rail est certes nécessaire mais n'est pas suffisant. Si une politique de réduction des flux routiers n’est pas mise en place, le train ne prendra qu’une part réduite de la croissance du trafic et le nombre de camions déjà insupportable continuera à croître... Quant au "mur de camions" (belle image...), loin
de le démolir, le projet n'en fissurera tout au plus que quelque
briques, vite remplacées par celles de l'augmentation des échanges voulue
par les adeptes de la croissance durable. Si en 2020, les prévisions
catastrophiques de doublement de trafic se confirmaient, ce serait
tout au plus l'équivalent de 2.000 camions/jour qui pourrait
transiter par le train. Le trafic routier quant à lui passerait de
8.000 camions/jour à 14.000 camions/jour. On nous a dit : "Au début du XXème siècle, il y avait beaucoup plus de voies ferrées qu’aujourd’hui dans les landes de Gascogne, la LGV du scénario 3 ne ferait donc que compenser un peu l’abandon des autres voies." Ça n’a aucun rapport ! Comparer une LGV à une voie ferrée classique
est aussi pertinent que comparer une autoroute à un chemin vicinal…! On nous a dit : "Le scénario 1 posait plus de problèmes environnementaux compte tenu du grand nombre de riverains concernés." Pour affirmer cela, le maître d’ouvrage fait volontairement la
confusion entre les habitants des agglomérations (Bordeaux et sa
banlieue, Bayonne, Anglet, Biarritz) et les habitants des zones rurales
traversées.
Il oublie qu'en dehors des
villes, il y a très peu d'habitations le long des voies existantes
et que par contre, sur le tracé des voies nouvelles l'espace est
peuplé, habité depuis bien des siècles par des humains, qui ont, ou
devraient avoir, leur mot à dire sur ce qui les affecte..
On nous a dit : "Le TGV est le moyen de transport le plus économe en énergie, son développement est donc souhaitable." Même si le train est préférable à d'autres moyens
de transport, voilà le genre d’affirmation qui mériterait d’être sérieusement
nuancée… D’abord s’il est exact qu’à vitesse égale, le TGV est moins
gourmand en énergie que les trains conventionnels, il faut toutefois
rappeler qu'à matériel équivalent, la vitesse accroît considérablement la consommation
énergétique. Nous citerons pour appuyer cela, une phrase tirée d’un site Internet dédié
au train :
http://depris.cephes.free.fr/presscom/2004/001/index.html
On nous a dit : "Le TGV exige la construction d’une ligne nouvelle en site propre, car le scénario 1 ne pouvait accepter que 220 km/h." D’abord, il faut souligner que 220 km/h rentre dans la
catégorie grande vitesse du réseau transeuropéen de transport (cf.
dossier du débat p 30). Le scénario 1 n'était pas un projet au
rabais. On nous a dit : "La LGV 3 fera gagner du temps par rapport au scénario 1." Il faut relativiser. Par le scénario 3, malgré une vitesse plus élevée des rames, le gain de temps de parcours entre Bordeaux et Dax ne serait que de 5 à 7 minutes par rapport au scénario 1, en raison de la distance plus importante. De plus, ces quelques minutes gagnées au prix fort pour la nature seront très largement perdues ensuite dans le trajet gare nouvelle – centre de Dax. On nous a dit : "La croissance de Mont de Marsan exige la création d’une LGV passant par l’est des Landes…." Une LGV n’a jamais rien désenclavé, ni rien développé si
ce n’est les grands pôles situés à ses extrémités. Il y a donc fort
à parier qu'une telle ligne n'apportera pas grand-chose à la cité landaise. On nous a dit : "Le scénario 3 concerne un bassin de population plus important que les autres." Les habitants de Dax, des communes littorales des Landes, et du pourtour du Bassin d'Arcachon, pourtant en pleine expansion et bien plus peuplées que l'est des Landes, apprécieront... On nous a dit : "Le passage d'une LGV par Mont de Marsan offrira une meilleure desserte à tout l'intérieur des Landes et au Béarn. Faux ! Une LGV se fait toujours au détriment
des dessertes locales. Le TGV Est vient d'en donner
la triste démonstration puisque certaines dessertes ont été
abandonnées sitôt sa mise en service.
Les usagers mal desservis se reportent alors sur l'automobile.
Vous avez dit "report modal" et réduction des émissions de gaz à effet de serre ? On nous a dit : "Grâce à la LGV, Bordeaux sera enfin à 3h 30 de Madrid au lieu de 10h 30 (cf. dossier du débat p23, et p101)" C'est l'argument massue asséné par les décideurs pour justifier leur engouement pour la LGV. La vérité est que l'essentiel du gain de temps sera dû à l'adaptation du réseau espagnol (voies mises à l'écartement européen). En France, le projet de LGV ne fera gagner que peu de temps par rapport à l'aménagement de l'existant. (dont 5 à 7 minutes entre Bordeaux et Dax) On nous a dit : "Pour tout arranger, on va étudier un contournement ferroviaire accolé au contournement autoroutier de Bordeaux" Voilà qui ressemble fort à du sirop destiné à
faire avaler la pilule (amère) du contournement autoroutier de
Bordeaux (que certains ne se résolvent toujours pas à abandonner).
On nous a dit : "Le TGV, ça change la vie." VRAI ! Surtout celle des nouveaux riverains (hommes ou animaux sauvages) qui n’en demandaient pas tant… et puis un peu aussi celle de ceux qui faute de transports collectifs de proximité sacrifiés sur l'autel des grands projets prestigieux, doivent recourir quotidiennement à l'automobile. Fédération SEPANSO Aquitaine - juillet 2007 |
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