Cité Municipale de Bordeaux : un éléphant dans un magasin de porcelaine ?

 

Ce nouveau bâtiment municipal, ouvert au public le 4 août 2014, relève pour beaucoup de bordelais, de la "métaphysique du béton" écrasant la légèreté des quartiers anciens environnants.
Le tribunal administratif de Bordeaux conteste la légalité du Contrat de Partenariat Public Privé par lequel a été réalisé ce bâtiment.

La Cité Municipale de Bordeaux est le nom de cet immeuble "mastoc et sans génie" [1] que nombre de bordelais découvrent avec stupeur en se promenant du côté de la mairie et qui a été ouvert au public en août 2014, après 2 ans de travaux.
Cette "Cité" est destinée à rassembler dans un bâtiment unique de 20 000 m2 et de 8 étages, les 850 agents municipaux actuellement répartis sur une quinzaine de sites. L’ensemble des agents de la Ville pourra disposer d’une restauration commune [2] qui faisait défaut jusque là.
Située en face de l’Hôtel de ville, avec son entrée 4 rue Claude Bonnier (en limite du centre historique), elle vise à améliorer l’accueil des Bordelais en rassemblant un grand nombre de services de la Mairie sur 8 étages. 1 500 m2 seront consacrés à l’accueil du public.
Elle a été construite dans le cadre d’un contrat de Partenariat Public Privé [3] entre la société DV Construction (groupe Bouygues) et la ville de Bordeaux.
Ce contrat PPP a été jugé illégal par le tribunal administratif de Bordeaux, le 11/02/2015. [4].
Le bâtisseur vante les mérites écologiques du bâtiment, qui devrait, selon ses dires, produire plus d’énergie qu’il n’en consomme.
Il n’est pas sûr qu’un bilan carbone exhaustif du projet ait été réalisé et que le bilan environnemental global soit si positif que cela.
En effet, la Cité Municipale de Bordeaux a pris la place de l’immeuble de la Croix du Mail livré en 1979, qu’il a fallu d’abord détruire. Et l’on sait combien la destruction pure et simple d’un immeuble est bien plus négative que sa réhabilitation , en terme d’impact carbone ou de consommation de ressources naturelles. [5]
Il convient aussi de rajouter l’impact des milliers de tonnes de gravats de l’immeuble de la Croix du Mail qui sont allés s’échouer tout autour de Bordeaux , notamment dans des gravières du côté de Margaux , au grand dam des viticulteurs riverains.
Selon le journal Sud Ouest, pour une majorité de bordelais, cet immeuble "néostalinien" fait tache dans ce quartier historique et certains se demandent même comment le permis de construire a pu être accordé. [6]
Pour les observateurs avisés, cette "Cité" cumule les éléments disgracieux : uniformité et raideur des façades, porte-à -faux incongru, masse du bâtiment hors d’échelle par rapport à l’environnement urbain...
Avec le Pont Levant JJ Chaban Delmas et la Cité Municipale, qui vont affecter durablement l’aspect du centre historique, les projets urbanistiques du Port de la Lune semblent atteints au 21ème siècle de démesure, voire d’une certaine folie des grandeurs. Sera-t-elle longtemps compatible avec la conservation du label UNESCO chèrement acquis en 2007 ?
En tout cas, pour beaucoup de bordelais, ces projets relèvent de la "métaphysique du béton". [7] .

Mise à jour du 17/02/2015


Notes

[2Avant d’être inaugurée les cantines de la Cité Municipale font débat.
Cité municipale de Bordeaux : 900 000 euros la cantine. Denis Lerme. Sud Ouest. 26/02/2014. http://www.sudouest.fr/2014/02/26/900-000-euros-la-cantinedes-dossiers-electriques-1473830-2780.php

[3Le Grand Stade de Bordeaux en cours de construction fait aussi l’objet d’un contrat PPP, dont le coût global pour la collectivité et le contribuable semble très incertain. http://rue89bordeaux.com/2014/06/grand-stade-bordeaux-deux-fois-trop-cher/

[4Cité municipale de Bordeaux : le partenariat public privé jugé illégal. 11/02/2015. Sud Ouest.http://www.sudouest.fr/2015/02/11/cite-administrative-de-bordeaux-le-partenariat-public-prive-juge-illegal-1827498-705.php

[5Architectes, ne cassez rien ! Philippe Bovet. Le Monde Diplomatique. Juin 2012.
http://www.monde-diplomatique.fr/2012/06/BOVET/47869

[6A noter que 3 associations ont tenté sans succès de bloquer juridiquement le projet.
Cf : La Cité attaquée. JP Vigneaud. Sud Ouest. 21/09/2012 http://www.sudouest.fr/2012/09/21/la-cite-attaquee-826987-729.php
et Cité Municipale de Bordeaux : pas d’arrêt. JPV. Sud Ouest 04/10/2012
http://www.sudouest.fr/2012/10/04/cite-administrative-pas-d-arret-839617-2780.php

[7Le Complexe d’Orphée. JC Michéa. Climats. 2011