21ème conférence internationale sur le climat : à moins d’un miracle...

 

Il est peu probable que cette 21ème conférence climatique sauve notre climat, à moins d’un sursaut et d’une prise de conscience collective que « la protection du climat n’est possible que dans le cadre d’une économie de post-croissance »

Evènement hypermédiatisé, la 21ème conférence internationale sur le climat sous l’égide de l’ONU (COP21), prévue du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris, rassemblera près de 40 000 participants venant de 195 pays. Histoire d’entretenir le suspens, cette conférence est présentée comme une des dernières chances de parvenir à un accord universel sur une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) permettant de contenir le réchauffement climatique à 2°C d’ici la fin du siècle.
Et pourtant, à moins d’un miracle, les chances d’obtenir cet accord mondial et décisif sur le climat sont plutôt faibles. Pourquoi ?
Tout d’abord, parce que les 20 conférences climatiques précédentes n’ont pas eu de prise réelle sur l’évolution des émissions mondiales de GES, soulignant l’échec des tentatives de gouvernance onusienne du climat. Ainsi, la concentration en CO2 atmosphérique et les températures mondiales ont atteint en 2014 des niveaux record, qui seront probablement dépassés en 2015. Cet échec collectif tient à plusieurs causes dont le refus de remettre en cause le modèle économique dominant actuel initié par l’occident et s’appuyant sur une libéralisation de l’économie, une mondialisation des échanges ainsi que sur l’hypermobilité des biens et des personnes. [1]
Cet échec tient aussi aux distorsions entre le discours des élus et les réalités de terrain, où s’illustrent les incohérences des politiques publiques en matière de lutte contre l’effet de serre.
Ainsi, aux Etats-Unis, le président Obama s’engage pour le climat, mais vient d’autoriser l’exploration pétrolière dans les zones sensibles de l’Arctique, au large de l’Alaska.
La France se veut exemplaire avec sa « loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte » promulguée quelques mois avant la COP21 et dont une des mesures phares est le soutien à la voiture électrique, mais rejette l’écotaxe poids-lourds, dispositif essentiel à la maîtrise des émissions de GES des transports routiers, et continue de subventionner largement les transports aériens pourtant si polluants.
En Aquitaine, on ne compte pas les projets routiers relancés activement par les élus de tous bords : ici la voie directe Pau-Oloron, là le contournement sud du Bassin d’Arcachon, alors qu’il convient de donner la priorité aux transports collectifs en site propre.
Eléments essentiels à la séquestration naturelle du gaz carbonique, la forêt et les zones humides reculent sous l’impact de l’urbanisation et des projets d’infrastructures de transports ou d’énergie renouvelables.
Contrairement à l’idéologie bien-pensante qui domine aujourd’hui le terrain médiatique, il est illusoire de penser que l’on peut sauver le climat sans changer de système ou que les énergies renouvelables pourront alimenter la croissance économique. [2]
Sans sombrer dans un vain pessimisme, il est peu probable que cette 21ème conférence climatique sauve notre climat, à moins d’un sursaut et d’une prise de conscience collective que « la protection du climat n’est possible que dans le cadre d’une économie de post-croissance ». [3]

D. Delestre
12/08/2015

A lire :
- Cette funeste conférence climatique ne changera rien. Fabrice Nicolino. Le Monde. 04/12/2015
http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/12/03/cette-funeste-conference-climatique-ne-changera-rien_4823377_3232.html

Notes

[1Gouverner le climat ? 20 ans de négociations internationales. Stefan C. Aykut et Amy Dahan. Presses de ScienscesPo. 753 pages. Décembre 2014. http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/livre/?gcoi=27246100821210

[2Les énergies renouvelables ne pourront alimenter la croissance économique. R. Heinberg. Journaliste et professeur au Nex College of California. La Décroissance. Juillet-Août 2015

[3La protection du climat n’est possible que dans le cadre d’une économie de post-croissance. Niko Paech. Economiste professeur à l’université d’Oldenbourg. La Décroissance. Juillet-Août 2015