Climat : gare aux girouettes !

 

L’humanité respire !
Les trois premiers pollueurs mondiaux (USA, Chine et Union Européenne) ont fini par ratifier l’Accord de Paris du 12 décembre 2015 sur le climat.
C’est une bonne nouvelle qui permet d’envisager l’entrée en vigueur de cet Accord en novembre 2016. [1]
Mais ne nous leurrons pas, l’annonce de ces ratifications vise d’abord à rassurer à bon compte des populations de plus en plus inquiètes face à l’accélération spectaculaire du réchauffement dont elles font toutes l’expérience un jour ou l’autre.
Une fois en vigueur, encore faut-il que l’Accord produise des effets significatifs sur le climat.
Tout le système repose sur la bonne volonté des 175 Etats parties à se fixer des objectifs ambitieux de limitation des émissions de gaz à effet de serre (GES) et à les respecter.
Il repose aussi sur la continuité des politiques climatiques et énergétiques des gouvernements successifs.
Et là, tous les doutes sont permis quand on voit comment certains pays signataires du protocole de Kyoto en sont sortis dès les premières contraintes (comme le Canada) ou quand on observe l’inconstance de certains hommes politiques dont les convictions écologiques et climatiques oscillent au gré de leurs ambitions et des vents médiatiques, telles des girouettes. [2]
La France, qui a accueilli la COP21 se targue de son exemplarité en ratifiant rapidement l’Accord de Paris. Et pourtant, des décisions gouvernementales structurantes prennent souvent une direction opposée, brouillant le message de l’État. Malgré sa ratification, la France continue de soutenir la croissance des transports aériens et routiers pourtant les plus polluants. Tel le projet de l’aéroport de Notre-Dame-des Landes [3]. Tels les projets de déviation du Taillan en Gironde ou celle de Beynac en Dordogne, qui contredisent aussi les objectifs de restauration de la biodiversité, alors qu’une loi vient juste d’être adoptée en ce sens.
Enfin, alors que le respect des objectifs de limitation du réchauffement à 2°C maximum, impose de laisser 80% des énergies fossiles dans le sous-sol, la France continue de soutirer sans état d’âme les dernières gouttes de pétrole dans ses gisements girondins et landais. [4]
Etant donnée la prédominance actuelle des intérêts nationaux, il y a encore quelque souci à se faire sur l’émergence d’une véritable gouvernance climatique mondiale.
En matière de cohérence et de continuité des actions en faveur du climat ou de la biodiversité, il y a sans doute plus à attendre des soi-disants « Khmers verts » [5] que des girouettes.

Daniel Delestre

Mise en ligne le 05/10/2016
Actualisation du 19/08/2018

Notes

[1L’Accord de Paris sur le climat adopté en décembre 2015 entrera en vigueur 30 jours après sa ratification par au moins 55 Etats représentants 55% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES).
Le 05/10/2016, 72 pays représentant près de 57% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ont ratifié cet accord permettant son entrée en vigueur le 05/11/2016

[2Le 1er juin 2017 M. Donald Trump, businessman fraichement élu président des USA et climato-sceptique notoire, a annoncé sa décision de se retirer de l’Accord de Paris, violant ainsi les engagements climatiques de son pays et contribuant à dévaluer gravement la parole des Etats-Unis. Cette décision illustre les réflexions de Jared Diamond dans son livre Effondrement sur le comportement erroné des systèmes humains, face à la catastrophe climatique annoncée.

[3Le 1er janvier 2018 , après bien des atermoiements, le gouvernement a pris l’excellente décision d’abandonner le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes.

[4Le 19 décembre 2017, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi hautement symbolique mettant fin à la recherche ainsi qu’à l’exploitation des hydrocarbures sur le territoire français.

[5« Khmers verts » : expression utilisée par certains élus du Bassin d’Arcachon pour stigmatiser des responsables associatifs qui s’opposent à leurs projets les plus écocides