Pesticides : l’amiante du XXI ème siècle ?

 

Le 14 septembre 2016, la société allemande Bayer, fabricant de produits chimiques, annonçait le rachat de la société américaine Monsanto, également fabricant de produits chimiques, pour un montant de 66 milliards de dollars, créant ainsi le premier producteur mondial de pesticides et de semences génétiquement modifiées et prenant en otage des millions d’agriculteurs de par le monde. La société Bayer, fondée en 1863 et inventeur de l’aspirine, a fait partie dans les années 1920 du conglomérat IG Farben qui a produit le Zyklon B, initialement utilisé comme insecticide et raticide, puis dans les chambres à gaz des camps d’extermination pendant la deuxième guerre mondiale. Bayer, qui a retrouvé son indépendance en 1950 et a mis au point et fabriqué le Gaucho dont la nocivité pour les abeilles a été clairement démontrée, est impliquée dans plusieurs scandales concernant l’huile frelatée en Espagne, des contraceptifs dangereux, le sang contaminé et figure en 2016 au 3ème rang des pollueurs atmosphériques aux Etats-Unis. Pour sa part, Monsanto a développé dès 1945 des herbicides et insecticides à base de dioxine, dont les PCB, l’agent orange utilisé par les Américains au Vietnam, a créé en 1960 une division agriculture spécialisée dans les engrais, inventé en 1970 le glyphosate, ingrédient du fameux Roundup, et mis au point en 1983 les premières plantes génétiquement modifiées.

Il est désormais de notoriété publique que les produits cités ci-dessus, et bien d’autres, constituent une menace pour la biodiversité, qui est en très forte décroissance, et pour la santé humaine. Malgré ces dangers, la France, loin d’appliquer le principe de précaution figurant dans la charte de l’environnement, demeure un des plus importants utilisateurs mondiaux de pesticides et sa consommation ne cesse d’augmenter ! Il faut dire que la réglementation en la matière est extrêmement floue, y compris au niveau européen, où elle est dictée par les lobbies industriels ; Bayer emploie treize personnes à temps plein auprès de la Commission européenne pour un montant avoisinant deux millions d’euros. Et la France n’est pas en reste ! Un arrêté de 2006 fixant les règles d’utilisation des pesticides a été abrogé par le Conseil d’Etat, pour une question de forme, le 6 juillet 2016. Un nouvel arrêté doit donc être soumis à l’Union européenne avant le 7 janvier 2017 et c’est le Ministère de l’agriculture qui s’est chargé de la rédaction sous la pression de la FNSEA [1] et sans aucune consultation des associations de protection de l’environnement. L’association Générations Futures, dirigée par François Veillerette, grand spécialiste de la lutte contre les pesticides, s’en est offusquée et craint fort que cet arrêté soit plus laxiste que le précédent en particulier en ce qui concerne les zones de protection contre les épandages autour des habitations, lieux publics et cours d’eau. Mais le président de la commission environnement de la FNSEA a déclaré qu’”une zone de non traitement est une zone de non culture et on ne peut pas perdre de 10 à 15 % de la surface agricole du pays”.

Malgré les nombreux appels lancés depuis vingt ans par les associations environnementales, la situation ne cesse de se détériorer et il est donc grand temps de prendre conscience et de faire connaître à tous les citoyens français les risques encourus par l’utilisation des pesticides. Que sont ces produits ? Comment sont-ils utilisés ? Quels sont les modes d’exposition ? Quels peuvent être leurs effets sur la santé et l’environnement ? Ces questions sont l’objet du dossier technique de ce numéro qui, à partir d’une étude de l’Inserm [2] publiée en 2013 et de documents scientifiques, tente, sans prétendre être exhaustif, de fournir des informations concernant ces produits qui pourraient être les poisons du XXIème siècle. Pourtant, des solutions alternatives existent et démontrent que des zones de non traitement peuvent être des zones de culture, permettant ainsi à un public de plus en plus nombreux de s’approvisionner en produits sains.

Claude BONNET
Vice-président de la SEPANSO Gironde
20/11/2016

Notes

[1Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles

[2Institut national de la santé et de la recherche médicale