Bilan Carbone des projets de lignes ferroviaires à grande vitesse du Sud-Ouest (Programme GPSO)

 

Contrairement aux affirmations de RFF, le bilan Carbone des projets de lignes ferroviaires à grande vitesse du Sud Ouest apparaît très relatif, au regard des lourds investissements envisagés (entre 9,5 et 13 milliards d’euros)
L’argument de l’évitement des émissions de CO2, constitue plus un argument commercial destiné à "verdir" une nouvelle infrastructure de transport extrêmement destructrice, qu’à la réalité des chiffres.

Les projets de lignes ferroviaires à grande vitesse au sud de Bordeaux (programme GPSO) soumis actuellement à enquêtes publiques, représentent 327 km de lignes nouvelles, destinées à relier Bordeaux à Toulouse et Bordeaux à Dax.
RFF fournit des éléments, non justifiés ni détaillés, sur le bilan carbone des projets, notamment page 279 du volume 3.4 (pièce F) des dossiers d’enquêtes publiques :
« Les travaux des projets soumis à enquête public, génie civil, équipements ferroviaires, y compris les autres familles d’émissions telles que le changement d’affectation des sols, les déplacements du personnel du chantiers, etc...) engendreront environ 2,5 millions de teCO2 .
Les reports modaux depuis l’avion et la route généreront des « bénéfices CO2 ». Ce gain est estimé aujourd’hui à 170 000 teCO2 par an avec l’ouverture de la LGV Bordeaux/Toulouse, puis à 280 000 teCO2 par an des l’ouverture de la ligne Sud Gironde-Dax. Après 10 ans d’exploitation, les émissions de gaz à effet de serre générées par la construction seront donc compensées par les émissions évitées (reports modaux).
 [1]

Analyse  :
1°) Selon les chiffres fournis par RFF, l’évitement de GES lié au report modal suscité par les projets permettrait 10 ans après la mise en service des lignes nouvelles, d’effacer la dette carbone de 2,5 millions de teCO2 imputable à construction des lignes, et d’éviter au bout de 50 ans 11,2 millions de teCO2.
Etant donné les coûts d’investissement des projets de 9,5 milliards €, chaque tonne de GES évitée, peut être évalué à 850 €, soit 170 fois le cours actuel du quota actuel de carbone ( 5 € la tonne de CO2 en moyenne en 2013), ce qui relativise l’intérêt des projets en terme d’évitement de GES.

2°) Il semble que le bilan carbone présenté par RFF n’ait pas pris la juste mesure de l’impact de la destruction de 2860 ha de territoires forestiers par les projets :
En effet, selon les données de l’ADEME et de l’INRA (Unité Ephyse), un hectare de sol forestier stocke environ 500 teCO2, et un hectare de forêt fixe environ 15 tonnes de CO2 par an.
Le défrichement de 2860 ha (dont beaucoup de pinèdes) contribuera au déstockage de 1, 4 million de teCO2 contenus dans les sols forestiers détruits, et supprimera le captage par la forêt d’environ 43000 tCO2/an, soit 2,15 millions de tCO2 sur 50 ans
Une prise en compte exhaustive de cette destruction des milieux forestiers, réduit considérablement l’avantage carbone du programme GPSO , et son bénéfice socio-économique :
- le temps de retour à l’équilibre carbone du projet passe de 10 à 18 ans
- le report modal suscité par le projet, ne permet d’éviter sur 50 ans que 7,6 millions de teCO2, ce qui valorise la tonne de CO2 évitée à 1250 €

Comme le souligne le rapport de la Cour des Comptes du 23/10/2014 [2]
ou l’avis du 22/01/2014, de l’Autorité Environnementale [3] l’intérêt Carbone du programme GPSO est très relatif et beaucoup plus incertain que ses impacts environnementaux monstrueux.

Bref, il apparait clairement que l’argument de l’évitement des émissions de CO2 pour justifier les projets de LGV GPSO, constitue beaucoup plus un argument commercial pour "verdir" les projets, qu’à la réalité des chiffres.

A consulter  :
- Projet de LGV Rhin-Rhône :1er Bilan Carbone ferroviaire global. ADEME, SNCF, RFF. Septembre 2009
http://www.rff.fr/IMG/Bilan-Carbone-LGV-RR.pdf
http://media.lcpc.fr/ext/pdf/sem/jtr2011/0902_5_brunet.pdf
- 1re évaluation du Bilan Carbone® du GPSO RFF. Février 2011
http://www.gpso.fr/Fiche_thematique_bilancarbone_mars11.pdf
- Projet de LGV POCL-http://www.debatpublic-lgv-pocl.org/
- Débat public LGV Bordeaux/Toulouse (2005) http://cpdp.debatpublic.fr/cpdp-lgv-bordeaux-toulouse/
- Débat public LGV Bordeaux/Espagne (2006) http://cpdp.debatpublic.fr/cpdp-projet-ferroviaire-bordeaux-espagne/

Mise à jour du 20/11/2014


Notes

[1On ne sait si ce bilan carbone tient compte du fait que Réseau Ferré de France (RFF) envisage pour l’alimentation en énergie des lignes situées au coeur de la forêt landaise, la construction d’une centrale à gaz à Captieux. En effet, les fuseaux retenus par RFF, pour ses projets de lignes ferroviaires à grande vitesse dans le Sud-Ouest (GPSO), sont situés en pleine nature en sud-Gironde et dans les Landes et très éloignés des lignes à haute tension existantes.
C’est pourquoi, RFF envisage l’implantation d’une centrale thermique en plein cœur de la forêt landaise, dédiée à l’alimentation électrique de ses TGV.
C’est dans ce but, que RFF a signé le 14/10/2010, une lettre d’intention de commande , pour la construction d’une centrale à gaz, à Captieux, petite ville située près d’un gazoduc , de l’autoroute A65 Langon/Pau, et du futur triangle ferroviaire.

[2« Sur la base du coût public de la tonne de CO2 évité, les LGV sont des projets peu efficients pour l’environnement. L’évaluation environnementale du SNIT montre que le gain en émission de gaz à effet de serre de l’ensemble des projets LGV est minime par rapport au niveau des investissements : de 2 à 3 MteqCO2 évités par an, soit 150 MteqCO2 évités sur les 50 ans de durée de vie des infrastructures, pour un investissement dépassant 240 Md€. De nombreuses études en France et à l’étranger confirment ce constat de faible effet de la grande vitesse sur le gain en émission de GES. Le coût public de la tonne de carbone évité est donc particulièrement élevé pour les LGV. Ce point est d’autant plus significatif si l’on considère, comme l’État le faisait jusqu’en 2013, que les projets de LGV étaient réalisés à 50 % pour lutter contre le réchauffement climatique. Cela montre que l’investissement dans les LGV ne participe que très faiblement à la politique de développement durable. » Cour des Comptes. octobre 2014

[3"Les émissions de gaz à effet de serre liées au chantier sont évaluées à environ 2,5 Mt eq CO2, qui sont comparées à 250 000t de gain net annuel en exploitation. La comparaison de ces chiffres avec l’objectif du « facteur 4 » peut conduire pour effectuer un calcul complet à « amortir » les émissions en phase chantier sur une cinquantaine d’années d’exploitation, soit environ 50 000t eq CO2 par an, à déduire du gain net annuel d’émission estimé dans le dossier (à partir des prévisions de trafic) à 250 000 t par an, dont il faut déduire si ce n’est déjà fait les effets du trafic induit. Le gain net annuel d’émission dû au projet est donc de l’ordre de 150 000 à 200 000 t/an en 2050, soit environ 0,1% des émissions du secteur des transports, ou 0,03% des émissions totales annuelles, que la politique du « facteur 4 » vise à réduire de 75%." Autorité Environnementale. Janvier 2014