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REGARD SUR LA SYLVICULTURE

Jacques Gellibert


Sous-bois landais

Depuis longtemps membre de la SEPANSO, mais ayant quelques difficultés à me déplacer, je ne pourrai participer comme je l'aurais souhaité au débat sur l'avenir de la sylviculture.

En tant que Landais et quelque peu forestier, je me sens pourtant concerné.

Tout d'abord, un regret, celui de voir la forêt rattachée au Ministère de l'agriculture, ce qui fausse bien des choses, le proche horizon de l'agriculteur n'est, le plus souvent, qu'à un ou deux ans, celui du forestier à trente. Qui de nos hauts fonctionnaires saura, alors, penser comme Colbert ? Or, ce problème du temps est fondamental. Après le gel de 85, les Eaux et forêts subventionnaient à 45 % les frais de reboisement, à condition de bonne fin sur quinze ans, bonne fin contrôlée par l'administration.

Qui, à ce jour, avec les chevreuils qui déjà pullulent et aboutent les plantations, la multiplication des zones envahies par les fomes, le feu et, maintenant, des tempêtes récurrentes, osera prendre un tel engagement ?

Mais, me dira-t-on, il y a les assurances, 500 euros par hectare sur l'Aquitaine, le double ailleurs, et seulement pour les parcelles de plus d'un hectare, avec une destruction minimale de 33 %. Les primes, elles, ont doublé ou triplé depuis cinq ans et les parcelles proches des lignes électriques sont exclues de la garantie. Alors que faire ?

Cultivons du maïs, disent certains céréaliers, impatients de retrouver à bon compte une seconde Beauce, maintenant que la nappe phréatique de celle-ci est tristement polluée. Nos moteurs ont soif, avec ce maïs nous ferons de l'éthanol, du bio-éthanol comme l'appellent déjà, avec quelque gourmandise, nos manipulateurs du savoir, habiles à user du pouvoir hypnotique des mots.

Il y a quelque vingt ans, je me trouvais présenter à Bordeaux 1 un mémoire d'écologie humaine sur les utilisations énergétiques de la biomasse.

La filière éthanol était déjà évoquée, et lors d'un débat à l'Assemblée nationale, le Ministre de l'industrie d'alors indiquait, pour celle-ci, un rendement nul sinon négatif. Dans le même temps, deux ingénieurs du Génie rural, ayant établi à Toulouse une entreprise consacrée aux énergies nouvelles, proposaient la création, à côté de la comptabilité financière, d'une comptabilité énergétique. Il semble que cette idée de bon sens ne trouva pas d'écho. Pas d'écho non plus à cette découverte de Melvin Calvin, Nobel de chimie, spécialiste éminent de la physiologie végétale, d'un arbrisseau capable sur sol pauvre de produire des hydrocarbures.

Avec le programme "Alcohol" et la 3ème pompe, le Brésil a, malgré les protestations des nutritionnistes (lire à ce sujet "Le sucre et la faim"), sacrifié les cultures vivrières à la canne à sucre. Un si bel exemple a, comme chacun le sait, été suivi par le Mexique, sacrifiant la tortilla, nourriture de base du Mexicain pauvre, afin d'abreuver les moteurs par l'éthanol du maïs.

J'aimerais pour ma part laisser à mes très écolos petites filles un pays où, à l'ombre des arbres, continuent à pousser des bruyères, butinées par des milliers d'abeilles, tandis qu'elles pourraient trouver encore quelques badius ou edulis sous les mousses.

Ce n'est qu'un rêve. Mais comme l'a écrit Malraux, "les actions qui ont la couleur des rêves sont aussi fortes que les Dieux".


Jacques GELLIBERT