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Depuis
les premières réunions qui conduisirent à sa création, je peux affirmer
que la SEPANSO fut pour moi une source d'enseignements considérable. Je
lui dois beaucoup, notamment à ceux et celles qui furent les pionniers
et plus tard les militants, les administrateurs et d'une façon générale
l'ensemble des sympathisants. Partageant les mêmes convictions, chacun
avec ses différences, ils ont enrichi mon regard sur la société
humaine, mes connaissances sur les milieux naturels, ma sensibilité au
monde vivant, et aussi, bien sûr, ma prudence... Cette prudence dont on
manque dans l'adolescence.
1969 : j'ai 23 ans, étudiant en
médecine, venant de Paris. Le terreau était déjà là. En effet, par une
succession de hasards, j'avais fréquenté Jean Rostand puis, au Muséum,
Théodore Monod, Jean Dorst et surtout le Professeur Jacques Berlioz,
alors professeur d'ornithologie dans cette grande maison (malgré mon
jeune âge, 14-18 ans), je me trouvais immergé dans un monde de
naturalistes d'une très grande célébrité dont je n'avais pas du tout
conscience à l'époque. Sauf que... ces personnes m'avaient communiqué
un virus précieux, déterminant, celui de la protection de la nature.
Nous étions d'ailleurs plusieurs jeunes dans cette mouvance à Paris :
Christian Garnier, Brice Lalonde... et bien d'autres.
A
Bordeaux, je ne me souviens plus par qui je fus mis en relation avec
Pierre Davant, lorsqu'il préparait la création d'une Société... encore
sans nom. Très rapidement je fus intégré aux réunions préparatoires. Et
là, commença une période passionnante.
Nous nous retrouvions
autour d'une grande table dans le premier bâtiment de la cité
administrative de Bordeaux à l'étage de la Direction de l'agriculture.
Son directeur : un homme d'une rare valeur humaine, un homme qui nous a
quittés trop tôt mais qui nous laisse à tous un souvenir exceptionnel.
Son courage : avoir mis tout son poids pour créer dans les locaux de
son service, les soirs, une société de protection de la nature. A une
époque où cette démarche visionnaire n'était pas garantie de succès,
une démarche qui pouvait même conduire à quantité d'ennuis. Cet homme
s'appelait Claude Quancard. Ces nombreuses réunions m'ont appris à
gérer la réflexion collective, à maîtriser un débat, à convaincre, à
écouter, tout simplement à exposer un sujet, une idée. Ces
enseignements "collatéraux" m'ont servi toute ma vie quand je fus
moi-même en situation tant sur le plan associatif que médical.
 Lorsque
la SEPANSO entra dans sa période d'activité, nous devions rencontrer de
nombreuses personnalités locales, mais aussi nationales. La Mission
d'Aménagement de la Côte Aquitaine fut un des grands chantiers de
l'époque. Notre association y participa avec la bienveillance du Préfet
Delaunay et surtout les convictions favorables de Philippe Saint-Marc,
son premier président. Comme les autres, j'ai participé à ces réunions,
recevant de ce fait une véritable formation citoyenne, comprenant ainsi
le fonctionnement politique et administratif de la République. Ce fut
l'époque des espoirs, des affrontements, des débats sans fin, des
contrariétés, parfois des menaces, et de quelques satisfactions. Je
dirais que, grâce à nous, le pire fut évité. Grâce à la SEPANSO, je
devenais citoyen avec ce que la jeunesse donne de fougue. Rendez-vous
avec des ministres (Robert Boulin, Pierre Davant s'en souvient, dans
son bureau de Libourne : la chasse à la tourterelle sera interdite). Du
coup la guerre fera rage avec les chasseurs pendant des années. Dès
lors, les promoteurs nous font la vie dure aussi, les industriels nous
redoutent, les décideurs, en général, ne nous aiment pas. Nous sommes
les "illuminés" qui empêchent de tourner en rond, de faire des
affaires. Toutes ces tribulations qui nous mettent au rang des
indésirables parmi une population de plus en plus gaspilleuse, victime
des tenants du profit, sont stimulantes pour un jeune homme de 25 ans.
Chaban-Delmas : Premier Ministre, maire de Bordeaux. Cet homme-là
possédait certes le don du charme, mais aussi une formidable énergie.
Il a toujours soutenu la SEPANSO et très souvent partagé nos idées. Je
n'étais pas peu fier d'avoir été à ses côtés, au titre de la SEPANSO,
lorsqu'il a annoncé au journal télévisé qu'il créait le Ministère de
l'environnement. Et bien d'autres aventures nous mobilisèrent toutes
ces années-là partout en Aquitaine. Je revois encore Mademoiselle Laès
et son élégante ténacité, Marie-Thérèse Cérézuelle et ses immenses
compétences, Pierre Petit, talentueux photographe animalier, Simon
Charbonneau, le professeur André et tant d'autres.
A l'occasion
d'une mission médicale en Martinique, sous la direction scientifique du
professeur R. Pautrizel de Bordeaux, je me rendis compte que tous les
problèmes d'environnement que nous dénoncions en Aquitaine existaient
en milieu tropical, moins visibles car masqués par une végétation
luxuriante. Fort de tous les enseignements reçus lors de la création de
la SEPANSO, j'ai réuni celles et ceux qui témoignaient d'une
sensibilité "écologique" comme on dirait de nos jours, amateurs
éclairés, scientifiques convaincus, administrateurs, etc... R.
Rose-Rosette, personnage célèbre en Martinique, fut le premier
président de la SEPANMAR. Suivront la SEPANGUY en Guyane, la Société
guadeloupéenne, celle de Mayotte, la SRPEN à la Réunion, la Société de
protection du lagon en Nouvelle-Calédonie, Ia Ora Te Natura en
Polynésie. Une croisade passionnante qui conduisit à une prise de
conscience remarquable des problèmes d'environnement en milieu tropical
français. Chaque année, un colloque réunissait à Bordeaux les
représentants de ces départements et territoires sous l'égide de la
SEPANRIT, présidée par le Recteur Paulian, dont j'étais fondateur et
secrétaire général. Toutes ces associations furent, et sont encore pour
certaines d'entre elles, des enfants de la SEPANSO sans le savoir...
Voilà trente ans déjà...
Depuis,
la SEPANSO n'est plus toute jeune mais elle s'est enrichie de talents
nouveaux en tête desquels Pierre Delacroix, notre maître à penser.
Mon
installation à Paris modifia les liens avec la SEPANSO et les
associations d'outre-mer, sans les briser. Une maison à Soulac me
retient définitivement en Gironde, je n'ai jamais rompu avec un certain
militantisme, notamment pour protéger les dunes du Gurp, lieu auquel je
me suis particulièrement attaché, faute de pouvoir tout faire.
Actuellement, urbanisation, industrialisation (projet de port
méthanier), chasse à la tonne, pesticides, destruction de pibales
etc... nous montrent que les dangers restent encore bien présents. Il
faudrait une relève de jeunes militants, bénévoles, ardents, mais on en
voit peu venir, les jeunes ont d'autres soucis, nous ne sommes plus
comme avant... Nous avions l'horizon ouvert, ils ont un ciel sans
espoir. Le mouvement associatif a changé de forme aussi... La nature
n'en finit pas de subir des dégradations sous nos yeux. C'est notre
espèce que nous tuons. Que restera-t-il de la fameuse biodiversité ?
Depuis des dizaines d'années nous avons raison, nos alertes sont
justifiées, les preuves s'accumulent comme nous l'avions prévu, plus
vite même, j'aurais préféré que nous nous trompions, nous sommes hélas
encore en-deçà de ce qui nous attend.
Je dois à la SEPANSO
quelques-unes des plus belles, des plus stimulantes années de ma vie et
je regrette tous les jours de ne plus pouvoir m'associer comme je
voudrais à la courageuse et sympathique équipe qui la pilote.
Docteur Michel MARTIN
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