Le Silure glane : un géant, récemment installé dans nos rivières

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La SEPANSO Aquitaine a participé récemment à une consultation publique sur le silure glane. Elle a donné un avis favorable au classement de ce poisson comme « espèce susceptible de causer des déséquilibres biologiques ». Cet article vise à faire le point sur les connaissances de ce géant des eaux européennes qui permet de comprendre notre contribution.

Deux espèces de la famille des siluridés sont présentes en Europe, le silure glane (Silurus glanis et le silure d’Aristote (S. aristotelis). Le silure glane est le plus grand poisson d’Europe, les individus de plus de 2 mètres sont fréquents. Les plus gros spécimens pèsent plus de 100 kg. En France, le plus gros silure pêché dans le Tarn le 12 juin 2025 mesure 2,75 m. La tête est énorme et représente un tiers du poids de l’animal. Elle porte six barbillons dont deux sont très longs et mobiles. Le silure possède des papilles gustatives très performantes. Il a une ligne latérale de neuromastes très sensibles aux vibrations et est capable de détecter la nage d’une écrevisse à 10 mètres. La vue est très médiocre, sa principale fonction connue est de réguler les cycles biologiques. Il est possible qu’il distingue les couleurs car les poissons semblent réagir de manière différentes selon la couleur des leurres.

L’aire de répartition naturelle s’étend de l’est de l’Allemagne à l’ouest de l’Oural et de la Turquie au sud de la Scandinavie et en Asie Centrale du Centre du Kazakhstan à l’Afghanistan. Il s’installe dans les eaux côtières du sud de la mer Baltique, nord de la mer Noire, l’ouest de la mer Caspienne et la mer d’Aral.

Aire naturelle du silure glane en rouge

Ailleurs, donc en Aquitaine, c’est une espèce exotique. Des lâchers de silure se sont généralisés dans tous les bassins versants aboutissant à une explosion démographique à la fin des années 1990. Dans le bassin de la Garonne, il connaît une phase de latence de 1983 à 1998 suivi d’une expansion très forte de 1998 à 2012, ensuite la situation se stabilise.

L’OFB a conduit une étude génétique sur le silure dans les bassins versants de la Garonne et de la Dordogne qui a permis de calculer la taille de la métapopulation et le nombre de reproducteurs efficaces (tableau 1).

Rivière Effectif total Nombre d’individus / hectare
Garonne aval 43 630 11,8
Garonne amont 8220 7,5
Dordogne 19990 11,6
Lot 12587 9,9
Tarn 22489 19,1

Tableau 1 : taille de la métapopulation et densité des reproducteurs efficaces (Paz-Vinas et al., 2018)

Les marqueurs génétiques ont permis de calculer le nombre de reproducteurs efficace. Ce paramètre sous-estime la population car il ne tient compte que des reproducteurs, or les individus ne sont pas égaux dans la reproduction. Une femelle pond environ 30.000 œufs par kilogramme, donc un individu de 100 kg pond 10 fois plus qu’un de 10 kg. Les densités sont énormes car elles varient de 7,5 à 11,8 individus par hectare et la population de la partie aval de la Garonne est estimée à plus de 43.000 poissons.

Le silure est principalement piscivore mais il est opportuniste et il consomme aussi des invertébrés (écrevisses exotiques) , des mollusques (corbicule exotique), des oiseaux, des mammifères et des déchets organiques. Les poissons représentent 50% du bol alimentaire dans la Garonne et 67% dans la Dordogne. Les migrateurs amphihalins participent fortement à ce régime. Dans une étude datant de 2007, la part de ces poissons représente entre 53% et 67% pour la Garonne. Dans ce fleuve, l’alose feinte est la principale proie, suivie de la lamproie marine, la grande alose, l’anguille et le mulet porc. Dans la Dordogne le saumon figure parmi les proies, les adultes au pied des barrages ainsi que les jeunes (smolt) dans les zones de nourrissage. De manière générale, seuls les silures de plus de 125 cm consomment des migrateurs amphihalins.

Problématique des migrateurs amphihalins. Ces poissons connaissent de grandes difficultés à cause de la pollution, de la surpêche, de la destruction des frayères, des ouvrages limitant ou empêchant les migrations, du changement climatique, des pathogènes exotiques et des invasions biologiques. Le Sud-Ouest de la France et Nord-Ouest de l’Espagne est une région clef à l’échelle européenne pour la conservation de ces espèces car ces bassins versants sont les derniers à héberger toutes ces espèces.

Pour illustrer le déclin de ces espèces prenons le cas de la grande alose sur la Dordogne et la Garonne. Au début des années 1990, la population était estimée entre 300.000 et 400.000 reproducteurs. Aujourd’hui, la population est de 14.000 géniteurs. L’effondrement s’est déroulé entre 1994 et 2011, période de l’explosion démographique du silure. Il a un impact très variable selon les espèces : incidence faible sur l’anguille et très forte sur la lamproie marine, car 80 à 90% des reproducteurs sont prédatés avant leur arrivée sur les frayères.

Aujourd’hui, les migrateurs amphihalins sont en mauvais état de conservation. Cette situation est multifactorielle, les silures contribuent fortement à cet état des lieux. Sur le court terme, une réduction des populations de silure peut limiter ce déclin en espérant que des mécanismes naturels de régulation prennent le relais à long terme.

La limitation des populations de silure doit être accompagnée de mesures d’arrêt de la surpêche, de restauration des frayères, de rétablissement de la continuité écologique, de lutte contre la pollution si nous voulons sauver notre ichtyofaune migratrice.

 

DUCOUSSO Alexis, Administrateur de la SEPANSO Aquitaine, chargé de mission à la retraite de l’INRAE

BARBEDIENNE Philippe, Vice-président de la SEPANSO Aquitaine

Pour en savoir plus :

POULET N., BEAULATON L., CARDOSO O., Gaël P.J. DENYS G.P.J., NOYER P., . Rapport d’expertise relatif à l’état des connaissances des populations du Silure Silurus glanis et de ses impacts sur la gestion équilibrée des populations piscicoles. OFB, Office Français de la Biodiversité. 2026, pp.45. Hal-05469256

TRANCART, T., ROBIN, E., ACOU, A., Associations agréées des pêcheurs professionnels, BOISNEAU, C., CARPENTIER, A., CHARRIER, F., DE OLIVEIRA, É., DUBLON, J., FEUNTEUN, É., GHARNIT, É., JUGÉ, P., LAMOUREUX, J., LE PÉRU, Y., LIZÉ, A., RAULT, P., ROY, R., SANTOUL, F., Structures associatives agréées de la pêche loisir, TEICHERT, N., & VIRAG, L.-S., 2023. GLANISPOMI : Étude globale de la prédation des migrateurs amphihalins par les silures (Silurus glanis) sur le bassin de la Loire. (T. RANCART, E. ROBIN, & É. FEUNTEUN, Eds.).

1. Neuromaste : organe récepteur sensoriel cutané de la ligne latérale des poissons  (sensible aux mouvements d’eau)

2. Corbicule : espèce de palourde d’origine asiatique

3. Amphihalin : espèce animale aquatique migratrice qui, selon les moments de son cycle de vie, passe une partie de sa vie en eau douce, l’autre partie en eau de mer